Les réseaux sociaux, un véritable pouvoir

Depuis quelques années déjà, de véritables révoltes émergent sur les réseaux afin de briser les tabous et mettre en lumière certaines discriminations et injustices. #Metoo, #BalanceTonPorc, #FreeOuïghours, #BackLivesMatter, des mouvements lancés par des internautes qui ouvrent la parole et font bouger les choses. Dans ce contexte, nombreuses sont les accusations envers les entreprises et celles-ci doivent redoubler d’attention afin d’éviter de mettre à mal leur e-réputation.

Les réseaux sociaux : un levier pour dénoncer

Me too. Phénomène lancé en 2006 par la militante féministe New Yorkaise Tarana Burker, qui invite les victimes d’harcèlement et d’agressions sexuelles à poster «me too» sur Twitter pour signifier qu’elles ont elles aussi subi des violences sexuelles. Cela a permis à de nombreuses victimes de sortir du silence.

En 2017, avec les révélations publiques par près de 80 femmes de harcèlements et d’agressions sexuelles commises par Harvey Weinstein, le mouvement Me too a été relancé à l’échelle mondiale avec une explosion du nombre de post et repost #metoo.                                                                             

Black Lives Matter. Le Hashtag #BlackLivesMatter a été lancé en 2013 par Alicia Garza, une activiste noire suite aux nombreux meurtres d’afro-américains. Ce slogan, qui est l’un des plus influents de l’histoire des Etats Unis, est devenu un parti politique qui lutte contre les agressions policières racistes envers les Noirs. Le hashtag a été particulièrement relayé récemment en mai 2020 à la mort de Georges Floyd, un afro-américain asphyxié par un policier blanc à Minneapolis.

Free Ouïghours. Mouvement de soutien au peuple Ouïghours, interné et persécuté dans des camps de concentration en Chine. Le député européen Raphaël Glucksmann se bat pour faire connaître au monde entier le sort réservé aux ouïghours et inciter la Chine a mettre fin au “plus grand internement de masse du XXIème siècle”. Des hashtag #freeouighours ou encore des carrés bleus, couleur du peuple ouighours, envahissent la toile.

Sortir dans la rue pour se faire entendre

Sortir du silence, briser les tabous, et rendre compte du nombre inquiétant de viols, agressions sexuels, meurtres, non signalés ou non jugés. Ces différents mouvements n’étaient, au départ, que des témoignages isolés permettant de dénoncer les actes encore trop tabous aux yeux de tous. Suite à la viralisation de ces hashtags, de véritables manifestations ont vu le jour partout dans le monde.

Des manifestations “me too dans la vraie vie” ont eu lieu partout en France en octobre 2017, à Paris avec des milliers de personnes, et dans une dizaine de provinces comptabilisant chacune une centaine de personnes. L’objectif ? “Que la honte change de camp”, nom de la pétition acceptée en septembre 2018 visant à mettre en place des mesures et moyens concrets pour lutter contre les violences sexuelles. Parmi ces mesures, l’augmentation des heures d’éducation sexuelle dans le domaine scolaire, et une formation obligatoire aux questions des violences sexuelles dans le monde professionnel.

Aux Etats Unis, les manifestations Black Lives Matter contre les violences policières et le racisme ont réuni des millions d’américains dans tout le pays avec un pic de mobilisation le 6 juin 2020 comptabilisant entre 15 et 26 millions de manifestants. Ces mouvements de protestation ont duré tout le mois et continuent encore aujourd’hui. En France, la “marche contre le racisme” a réuni des milliers de français à Paris le 13 juin 2020.

« Stop au génocide des Ouïghours ». Le 28 juillet 2020, environ 300  français se sont réunis près de l’ambassade de Chine à Paris pour défendre le peuple Ouïghours et réclamer à la Chine la fin de cette persécution. En Turquie, 500 manifestants ont protesté à Istanbul le 1er octobre 2020. Ils revendiquent la fermeture des camps de concentration et beaucoup demandent à retrouver leurs proches internés.

Un bond en avant pour la justice

Après l’engouement du mouvement #MeToo en 2017, le nombre de plaintes pour harcèlement sexuel ou agressions sexuelles a augmenté de 20 à 30% en France les mois suivants. On a également constaté une hausse des appels au 3919 (numéro d’urgence pour les violences envers les femmes). Aujourd’hui, la parole s’est libérée au sein des cercles de confiance, entre amis, dans les familles, et certains gestes sont maintenant inacceptables et intolérables. Malheureusement, malgré une augmentation du nombre de plaintes, nombreuses sont celles données sans suite faute de preuves ou d’un délai de prescription trop long.

Greta Thunberg, la jeune militante contre le réchauffement climatique a d’abord pris la parole seule sur les réseaux sociaux avant de mettre en place la plus grande manifestation pour le climat réunissant 4 millions de personnes dans 161 pays. Elle a également amené plus d’un million d’étudiants à manifester contre l’inaction face au réchauffement climatique. Il est évident que ces actions n’auraient pas pu rassembler autant de personnes si elles n’avaient pas été virales sur les réseaux.

Les réseaux permettent d’agir également de chez soi, de nombreuses pétitions en ligne sont relayées notamment par les influenceurs, les conséquences ? Une nouvelle loi sur l’interdiction d’animaux dans les cirques, la prise de parole du ministre des affaires étrangères au sujet des Ouïghours…

Une crainte ou une opportunité pour les entreprises ?

Les hashtags traversent le monde en quelques jours, ou en quelques heures seulement et prennent rapidement des proportions incontrôlables.

Suite au mouvement BlackLiveMatter, plusieurs marques ont décidé de changer leur identité visuelle afin d’être en adéquation avec les changements culturels et sociétaux. Uncle Ben’s et Banania ont par exemple décidé de faire évoluer leur communication de peur de voir leur image de marque affectée par le développement de ce mouvement social. Uncle Ben’s devient par exemple Ben’s Original et fait disparaître de son logo l’emblématique portrait qui y est associé.

Cependant, ces mouvements sociaux ont aussi eu un impact positif sur la communication de marque. Les entreprises et plus particulièrement les startups n’ont plus peur de communiquer directement sur leur fonctionnement, sur leur économie ou sur leur management. Là où il y a encore quelques temps, parler de chiffre d’affaires ou de bien-être au travail au détriment de la publicité ou du marketing pur était tabou. Il n’est pas rare en ce moment de voir des entreprises recruter des Happy Chief Manager ou accepter un animal de compagnie dans ses locaux, voire partager ses moments afterwork. Partager une bière, une sortie entre collègues ou encore un bon moment n’est plus exclu de la communication de l’entreprise. Au contraire, ces moments sont recherchés afin de communiquer sur l’essence même de ses réseaux, qu’est l’aspect social. De plus, de plus en plus d’entreprises valorisent leur évolution, leur chiffre d’affaires à travers leur communication de marque.

Ainsi de nouveaux mouvements sociaux ont vu le jour ces dernières années. Parler uniquement de promotion, publicité n’intéresse plus les consommateurs, qui sont à la recherche d’interaction avec une entreprise. Évoquer le bien-être au travail ou encore ses résultats financiers, commerciaux clairement peut être maintenant un atout dans la valorisation d’une société.

Au vu de ces informations, nous constatons que les réseaux sociaux peuvent être considérés comme une façon 2.0 de dénoncer les choses, de partager des expériences sur des sujets tabous. Grâce à eux, des mouvements ont vu le jour, aussi bien au niveau social, politique, juridique ou encore entrepreneurial. Bien que le chemin soit encore long, ces prises de parole tendent à nous faire penser qu’un changement est en place.

Sources

  • https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/10/14/metoo-du-phenomene-viral-au-mouvement-social-feminin-du-xxie-siecle_5369189_4408996.html
  • https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/le-mouvement-black-lives-matter_2133604.html
  • https://www.lejdd.fr/International/Asie/soutien-aux-ouighours-pourquoi-les-reseaux-sociaux-sont-ils-envahis-de-carres-bleus-ciel-3995567
  • https://www.businessinsider.fr/voici-comment-greta-thunberg-en-un-an-seulement-est-devenue-le-symbole-de-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique/#les-larmes-aux-yeux-greta-thunberg-accusait-les-dirigeants-mondiaux-vous-avez-vole-mes-reves-et-mon-enfance-avec-vos-paroles-creuses
  • https://www.leparisien.fr/societe/balancetonporc-quel-bilan-pour-le-hashtag-un-apres-le-debut-du-mouvement-12-10-2018-7917510.php
  • https://www.france24.com/fr/20181124-france-manifestations-violences-sexuelles-sexistes-noustoutes-metoo-paris-marseille
  • https://eag-ge.ch/la-petition-feministe-que-la-honte-change-de-camp-acceptee-par-le-grand-conseil/
  • https://www.courrierinternational.com/article/manifestations-black-lives-matter-le-mouvement-de-protestation-le-plus-massif-de-lhistoire
  • https://www.france24.com/fr/20200613-en-direct-manifestations-france-violences-policieres-racisme-floyd-traore
  • https://information.tv5monde.com/info/france-une-manifestation-pour-soutenir-les-ouighours-de-chine-368685
  • https://www.lepoint.fr/monde/turquie-manifestation-contre-le-traitement-des-ouighours-en-chine-01-10-2020-2394489_24.php
  • https://www.elle.fr/Societe/News/Ce-que-MeToo-a-vraiment-change-3732184

Cet article a été réalisé par Anna Le Polodec, Océane Hamard Sophie Bouan et Guillaume Gelot

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