Teenage Kicks habille la ville

Dans la catégorie Graphisme & Webdesign, Un regard sur Breizh

En septembre 2017 a eu lieu la 3ème édition de Teenage Kicks. Nous allons revenir sur sa naissance, son organisation et cette dernière édition, puis nous aurons le plaisir de vous retranscrir le témoignage d’un des grapheurs impliqués, surnommé Fortunes.
Ce projet a pris racines grâce à la volonté de graffeurs locaux, désirant se regrouper afin d’augmenter leur visibilité, leur notoriété et ainsi renforcer leur légitimité.
Teenage Kicks est né grâce au travail de deux collectif : l’association Graffiteam et l’association Plus 2 couleurs.

Retour sur l’avant Teenage Kicks.

Graffiteam a été créé en 1998 à Rennes et concentre des artistes issus du graffiti et qui souhaitent le promouvoir et le démocratiser auprès du grand public. Plus 2 couleurs, créé en 2007, se dote des mêmes missions mais est implanté à Nantes. Le collectif a notamment mis en oeuvre Over the Wall pour le voyage à Nantes en 2012. Les deux collectifs se sont associés pour la conception de la Biennale Teenage Kicks à Nantes.

Mais l’organisation d’un collectif n’est pas toujours un long fleuve tranquille. En 1998, Graffiteam rencontre quelques difficultés. Motivés pour le renouvellement d’une de leur fresque qui datait de 1994, se rendant sur les lieux, les artistes s’aperçoivent qu’il y a alors des portes ouvertes ce même jour. Ils font face à des organisateurs peu compréhensifs qui contactent les forces de police. Direction le tribunal correctionnel. Le “procès des tagueurs” suscite de vifs débats, à savoir : faut-il laisser des murs grisâtres ou y peindre de jolies fresques ? Finalement, le collectif écope d’une amende de 1500 francs sur le principe. Ce procès a été le point de départ d’une réflexion d’un dispositif de murs légaux nommé « Graff’ en ville » qui voit le jour en 2002.

Les premiers pas de Teenage Kicks.

Le collectif a été créé à Rennes en 2013 à l’initiative de Mathias Brez (Graffiteam) et Patrice Poch. Leur but ? Promouvoir, diffuser et démocratiser l’art urbain. C’est l’une des premières Biennales d’art urbain en France. Présenter le travail d’artistes issus du graffiti semble essentiel. Passant des arts plastiques à la photographie mais aussi par l’illustration contemporaine, les artistes exposent dans la rue au regard de tous, avec bien souvent des oeuvres éphémères et gratuites. Ce sont 107 artistes du monde entier qui ont pu collaborer à Teenage Kicks depuis sa création et 4350m² de fresques qui ont été produites. Depuis 2015, Teenage Kicks se déploie dans l’Ouest, notamment à Saint-Malo et à Nantes.

Retour sur les deux porteurs de projet de Teenage KiCKs, Mathias Brez et Patrice Poch.

Patrice Poch est un rennais né en 1972. Passionné depuis ses 14 ans par le rock, il gravite autour des arts de rue. Il s’intéresse en premier à la technique du pochoir en 1988. Il découvre le hip-hop et par la même occasion le graffiti. Véritable autodidacte, il multiplie les graffs. Pour se perfectionner, il confronte son savoir-faire à l’étranger. Ses personnages grandeurs nature reflète l’époque punk des années 80. Quant à Mathias Brez, il est né en 1972 et vit dans la capitale rennaise comme Patrice Poch. Dans les années 80, il découvre les BD et les séries animées japonaises. Il devient un activiste du hip-hop fin des années 80 et rejoint le collectif Graffiteam. Il organise ainsi de nombreux événements (expositions, réunions…).

Comment vit le collectif ?

En 2013, sur la plateforme Ulule, une opération de crowdfunding a été lancée par Mathias Brez, co-fondateur de Teenage Kicks. Ces recettes s’élevant à 3003€ ont pu servir à accueillir les artistes et financer la partie logistique (nacelles, peinture, défraiement). Le but du collectif est d’ôter les lourdeurs entraînées par les commandes publiques ou privées, en leur laissant une plus grande liberté.

Les Biennales de Teenage Kicks sont également soutenues par plusieurs financeurs comme la ville de Rennes, la région, les partenaires locaux et nationaux, les bailleurs sociaux, syndics de copropriétés et sponsors privés. Sur le Wall of Fame on peut apercevoir divers sponsors : The Edge, ABC Net, Loxam, Scott Prenium ou encore Kaki Crazy.

Et cette année ?

Depuis 2013, nous pouvons admirer une édition tous les deux ans initiée par le collectif Teenage Kicks. Le but est de donner une nouvelle image aux 3 villes (Rennes, Nantes et Saint-Malo) par de nouvelles créations peintes à divers endroits, sur différentes infrastructures.

L’édition 2017 s’est déroulée du 1er septembre au 29 octobre 2017. Nous avons pu y découvrir notamment l’exposition à l’Hôtel Pasteur, l’oeuvre sur le mur de l’école du Colombier ou encore le muralisme sur le cinéma du Katorza (Nantes). Parmi les artistes à l’origine de ces oeuvres, on y retrouve différentes nationalités comme des graffeurs d’Hambourg, de Brighton ou encore de Copenhague. De toute évidence, il y a également des graffeurs locaux tels que BREZ, FORTUNES ou ROCK de la métropole rennaise, ou LES GENS et SKOM de Nantes.

Le collectif vus par les graffeurs

Nous avons été à la rencontre de FORTUNES, graffeur rennais et fondateur de La Crèmerie, (association de peintres urbains, de plasticiens et d’autres artistes, basée à Rennes, ayant pour but de promouvoir la peinture urbaine).

Depuis quand graffes-tu ?

“ Ca fait maintenant 11 ans que je graffe, j’ai crée mon collectif La Crémerie, avec Mya il y’a 3 ans, puis nous ont rejoint Gloar et Wakup quelques mois plus tard.”

Quel a été le rôle de La Crémerie dans l’organisation des Biennales de Teenage Kicks ?

“ Teenage Kicks, c’est une association créée par Poch et Brez qui sont deux des plus anciens graffeurs de Rennes. C’est une biennale d’art évoluant de Nantes à St Malo en passant évidemment par Rennes. Ils nous avait déjà confié la réalisation d’un jam (peinture collective) sur l’édition 2015 sur la rue de Nantes. Cette année ils nous ont laissé gérer l’organisation du Wall of Fame, le plus gros jam rennais sur le mur de la gare : 30 graffeurs (du Danemark, Allemagne, Angleterre, France) environ 270m de long, DJs, Food Truck, Bar, etc… le tout sur deux jours ensoleillés ! ”

Comment ont évolué les pratiques des graffeurs ces dernières années ?

“ Le graff évolue, comme tout. Aujourd’hui les réseaux sociaux jouent un énorme rôle. Certains gardent tout pour eux et leurs proches, tandis que certains dévoilent toute leur vie artistique. Chacun son envie. Aujourd’hui, entre-autres grâce à sa popularité via ces réseaux sociaux, le graff est un art reconnu et bien plus accepté qu’il y’a encore une dizaine d’années. Certains arrivent même à en vivre, ce qui est le cas de la Crémerie par exemple. Une réelle chance, quand on s’en donne les moyens.”

Qu’est-ce que l’appartenance à un collectif apporte aux graffeurs ?

“ Appartenir à un collectif tel que la Crémerie ou Orgasthme ou encore Teenage Kicks ou tout autre collectif d’ailleurs, apporte énormément d’expérience. Au niveau technique picturale, le fait d’être entouré par d’autres artistes provoque une émulation, un engouement énorme autour de la peinture. Niveau organisationnel également, créer les statuts, gérer les assos dans le bon sens, prévoir suffisamment pour les événements, les invitations, placements sur le mur, tout un monde qu’on ne soupçonne pas sans y être vraiment confronté un jour. ”

En attendant la prochaine édition, en 2019, vous pouvez admirer leurs œuvres de l’édition 2017 dans les rues rennaises, nantaises et malouines.

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Cet article vous a été offert par Lucile et Marion.

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